Cédric Carles,
le paléo-designer

Saviez-vous qu’en Hollande, des voitures électriques en autopartage ont été expérimentées dès les années 1970 ?

C’est le genre d’information que l’on trouve sur le site Internet de la Paléo-énergétique, discipline scientifique cofondée par Cédric Carles, avec son acolyte Thomas Ortiz. Fouiller le passé, c’est la passion de ce designer franco-suisse, qui s’attache à ressusciter les inventions oubliées pour imaginer les innovations énergétiques de demain.

L’histoire de l’énergie regorge d’inventions géniales inadaptées aux usages de leur époque. Et pour cause, elles répondaient déjà à des problématiques contemporaines !

Un designer qui a de l’énergie

Cédric Carles veut avoir un impact social, faire changer les pratiques individuelles et collectives. Sa préoccupation principale : l’énergie. Sensibilisé très jeune au « Do It Yourself » ‒ son grand-père est un « fixer » avant l’heure ; il répare tout ‒, et à l’écologie, Cédric Carles s’oriente vers le « design d’utilité publique » et intègre très tôt l’écoconception et les énergies renouvelables dans ses réflexions.

Après une formation en design industriel à l’Institut d’arts visuels d’Orléans, Cédric Carles part s’installer en Suisse à la fin des années 1990, et entre en contact avec l’École polytechnique fédérale de Lausanne et l’Association pour le développement des énergies renouvelables (ADER).

En 2004, il fonde l’Atelier2cé à Lausanne, laboratoire d’écoconception et réseau pluridisciplinaire composé d’artistes, de designers et d’ingénieurs. C’est là qu’il met au point le Solar Sound System. Sa drôle de machine sonore, qui fonctionne à l’énergie musculaire, fera le tour du monde.

Pour diffuser ses idées en France, Cédric Carles crée ensuite l’Atelier 21, dont la démarche est « à la fois expérimentale et académique, mêlant design, nouvelles technologies, innovation sociale et développement durable, elle se veut aussi récréative, voire festive, ludique et vecteur de lien social ».

Une contre-histoire de l’énergie

En 2015, Cédric Carles lance, aux côtés de son camarade Thomas Ortiz, le projet Paléo-énergétique, qui se présente comme une contre-histoire de l’énergie et consiste à « ressusciter les techniques disparues, montrer la capacité d’innovation, revaloriser des innovations oubliées et une capacité d’innovation sociale, vernaculaire, décentralisée, inattendue ».

L’histoire de l’énergie regorge d’inventions géniales qui n’ont pas abouti par manque de moyens ou en raison de leur inadéquation avec les usages de leur époque. Cédric Carles pense que les grandes crises d’hier sont propices à l’émergence d’inventions offrant des solutions de résilience pertinentes aujourd’hui.

Plateforme open source, le site de la Paléo-énergétique centralise toutes les inventions mises au point dans le domaine de l’énergie. Elles sont affichées sur une frise, dont chacun peut s’inspirer et à laquelle les internautes peuvent apporter leurs contributions.

La Paléo-énergétique incarne un modèle de recherche participatif. Elle rassemble une quarantaine de paléo-chercheurs, scientifiques ou non, qui puisent leur inspiration dans les brevets tombés dans le domaine public, les archives (de presse, audiovisuelles) et l’imaginaire collectif (gravures, bandes dessinées, romans de science-fiction). Des chercheurs de trésor, en somme, qui fouillent dans le passé pour soutenir la transition énergétique.

Les 25 vies d’une pile

C’est ainsi que la Regen Box, présentée à la COP22 en novembre 2016, est née. Ce régénérateur open source, capable de régénérer tout type de pile, a été découvert par un paléo-chercheur, qui fut le premier à le fabriquer en s’inspirant d’un brevet déposé par le chimiste autrichien Karl Kordesch.

Co-inventeur de la pile alcaline sèche, Kordesch a démontré qu’il était possible de régénérer ces piles, considérées à tort comme à usage unique et donc jetables, et a commercialisé dans les années 1980 une pile alcaline à 25 vies sous la marque Rayovac.

Après avoir été prototypé, le système s’est avéré capable de recharger non seulement les piles alcalines, mais également les piles rechargeables Ni-MH, tout en étant moins agressif pour les composants. Le projet a récemment fait l’objet d’une campagne de financement participatif. Son objectif : créer une communauté de bêta-testeurs chargés d’expérimenter le dispositif et d’identifier les piles les plus performantes pour la régénération.

Rien ne se perd, tout se recycle, même dans le domaine merveilleux des inventions !

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