Yvan Bourgnon, capitaine du premier bateau-poubelle de l’océan

Avec son association The Sea Cleaners, le navigateur a mis au point un bateau capable de récolter les déchets plastiques présents dans l’océan. Et d’aider ainsi à relever l’un des grands défis environnementaux du siècle.

Le multicoque a une capacité de stockage de 600 m3, ce qui correspond à environ 100 tonnes de déchets plastiques.

Le navigateur Yvan Bourgnon va toujours au bout de ses défis… sportifs comme écologiques. En 2013, le marin se lance dans une folle aventure : un tour du monde « à l’ancienne », sur un catamaran de 6 petits mètres de long, sans habitacle ni GPS, avec seulement des cartes papier et un sextant pour s’orienter. Pendant vingt mois, au ras de l’eau, il découvre avec consternation l’ampleur de la pollution plastique dans l’océan, en particulier près des côtes.


Les experts estiment que 8 millions de tonnes de plastique sont rejetées dans la mer chaque année. À ce rythme, en 2050, il pourrait bien y avoir plus de plastique que de poissons dans l’océan, s’alarme un rapport du Forum économique mondial.

Dans l’eau, les déchets conservent leur forme initiale pendant environ un an. Puis, en fonction de la nature du plastique, ils coulent au fond de la mer ou bien se désagrègent en des centaines de nanoparticules. Au gré des courants, ces dernières finissent par rejoindre les gyres océaniques, formant alors de gigantesques plaques de déchets flottants. C’est le fameux 7e continent de plastique, dont la taille représente six fois celle de la France. Gérer cette pollution plastique est sans doute l’un des plus grands défis environnementaux du xxie siècle.


Bateau filtreur

Après son tour du monde en 2013, Yvan Bourgnon décide d’agir. Il crée l’association The Sea Cleaners et imagine un bateau nouvelle génération capable de récolter le plastique. Objectif : récupérer les déchets près des côtes pendant leur première année dans l’océan avant qu’ils ne se désagrègent ou ne rejoignent les fonds marins.

La mise à flot est prévue en 2021, le temps de construire ce navire hors norme. Long de 60 m et large de 49 m, il s’agira du plus grand quadrimaran (quatre coques) du monde. À l’arrière du bateau, des herses inspirées des fanions des raies manta permettront de filtrer l’eau et de faire remonter les déchets via un tapis roulant jusqu’aux coques. Avec cette invention, le nom du bateau était tout trouvé : Manta. Pendant les collectes, le bateau ne se déplacera pas à plus de 2 nœuds, de manière à éviter de piéger les mammifères marins dans les herses.

Le multicoque aura une capacité de stockage de 600 m3, ce qui correspond à environ 100 tonnes de déchets plastiques. De quoi garantir à l’équipage une autonomie de deux mois avant d’aller déverser son chargement au port. Une fois rapportés à terre, les déchets seront acheminés jusqu’à des centres de recyclage. En effet, lors de leur première année dans l’océan, les plastiques sont encore assez purs et peuvent être recyclés à 80 %.

À terme, l’objectif est de construire d’autres bateaux de ce type. The Sea Cleaners a d’ailleurs prévu de mettre à disposition les plans de Manta en open source pour que les États et les entreprises puissent s’approprier le projet. Une solution qui peut être particulièrement intéressante pour les pays côtiers ou les îles, pour lesquels la préservation des littoraux est un enjeu majeur.


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