Et si l’économie circulaire était le futur du transport ?

Le secteur des transports a encore beaucoup à faire pour se mettre au diapason des principes de l’économie circulaire et du développement durable. Mais des solutions émergent.

Les transports sont le premier secteur émetteur de CO2 en France. En 2015, pour la première fois depuis plus de 10 ans, les émissions de gaz à effet de serre liées aux transports ont même augmenté de 0,9 %… Les transports sont aussi parmi les plus consommateurs de ressources énergétiques fossiles (produites à partir de pétrole, de charbon ou de gaz naturel). Pour développer une approche plus respectueuse de l’environnement et mieux organiser la mobilité, quatre axes émergent aujourd’hui et dessinent les transports de demain.

Repenser les distances à parcourir et favoriser les circuits courts

Le transport routier de marchandises devrait rester le mode dominant dans le futur. Il est donc essentiel de repenser l’ensemble de la chaîne logistique. La priorité est donnée à l’optimisation du chargement des véhicules, en évitant les retours à vide ou en réduisant le poids et le volume des emballages transportés.

C’est ce qu’a fait La Poste avec son service RECY’GO : lors de leur tournée de distribution du courrier, les facteurs récupèrent en retour les vieux papiers auprès des petites entreprises.

Pour raccourcir les distances à parcourir, il est aussi essentiel de réduire en amont le besoin de transports et donc de générer des rapports de proximité en privilégiant les ressources, les produits et les coopérations au niveau local. C’est le principe des AMAP – Associations pour le maintien d'une agriculture paysanne – dont l’objectif est de favoriser l'agriculture paysanne et biologique en tissant un lien direct entre producteur et consommateur, ce dernier s'engageant à acheter la production de celui-ci à un prix équitable et en payant par avance. C’est aussi le principe de lieux comme la REcyclerie, dans le 18e arrondissement de Paris, où l’on met en œuvre la règle des « 3R » : réduire, réutiliser, recycler. Grâce aux établis et outils mis à la disposition du public, et aux démarches d’entraide et d’autonomisation, chacun, quel que soit son niveau de débrouillardise ou de conscience écologique, peut se familiariser avec de nouveaux comportements de consommateurs, du Do It Yourself au Do It With Others.

Préférer les transports et les carburants propres et le multimodal

Les modes de transport propres et les parcours multimodaux doivent être développés.

La marge de progrès est très importante : à ce jour, seuls 5 % des marchandises sont transportés en France via le rail et le fluvial, pourtant bien moins émetteurs de CO2.

Depuis 2012, Franprix (groupe Casino), en collaboration avec Ports de Paris, est ainsi passé du transport routier au transport fluvial pour approvisionner certains de ses magasins parisiens. Résultats : une économie de 45 000 km parcourus et une réduction de 37 % des émissions de CO2 de l’enseigne.

Chez Monoprix, on a fait le choix du multimodal pour approvisionner près de 100 magasins parisiens. Les marchandises sont d’abord transportées par rail. Ainsi, depuis 2007, ce sont plus de 12 000 camions qui n’entrent plus dans Paris. Tous les soirs, une navette ferroviaire achemine les marchandises stockées depuis des entrepôts en Seine-et-Marne jusqu’à Bercy. Là, les marchandises sont déchargées, triées, puis rechargées dans des véhicules roulant au gaz naturel pour être acheminées dans chaque magasin parisien.

Mutualiser les transports

La loi sur la transition énergétique prévoit la mise en œuvre, au plus tard le 1er janvier 2018, d’un plan de mobilité pour les entreprises employant plus de cent personnes sur un même site et situées dans le périmètre d’un plan de déplacements urbains. Mais depuis plusieurs années, de nombreuses entreprises françaises ont mis en place des plans de déplacement pour leurs collaborateurs. Ces PDE (plans de déplacements entreprise) visent à limiter les usages de la voiture individuelle au profit de modes alternatifs : covoiturage, transports en commun publics avec participation financière de l’entreprise au coût de l’abonnement, transports dédiés, vélos à disposition...

C’est ce qu’ont mis en place des entreprises comme Nestlé à Noisiel (Seine-et-Marne) en concentrant les efforts sur le covoiturage, ou Microsoft à Issy-les-Moulineaux (Hauts-de-Seine) avec une palette plus large de propositions visant à limiter les déplacements en voiture individuelle, de la conciergerie au taxi, de la navette privée électrique au télétravail.

Dans les zones d’activité particulièrement denses, le PDE devient PDIE : plan de déplacements inter entreprises. Celui de Saint-Denis (Seine-Saint-Denis) concerne 11 000 salariés et 7 entreprises dont SNCF et SFR.

Mais le plus important en France est celui d’Orly-Rungis : 4 000 entreprises, 63 000 emplois, 500 hectares avec notamment la plate-forme aéroportuaire d'Orly, le marché d'intérêt national de Rungis, le parc d'affaires locatif Silic, la plate-forme logistique Sogaris et le centre commercial régional Belle Epine. Compte tenu des particularités propres au pôle (travail de nuit, déficit de transport en commun), les priorités du plan de déplacements ont porté sur l'adaptation des lignes de bus existantes, la mise en place de dessertes complémentaires et de services de transport occasionnels ou à la demande, des mesures de stationnement optimisé et le covoiturage.

Recycler les moyens de transport hors d’usage

Le démantèlement des moyens de transport hors d’usage, la réutilisation des pièces détachées et le recyclage des matériaux qui les composent sont plus que jamais des nécessités.

Veolia, à travers sa filiale spécialisée Bartin Recycling Group, intervient ainsi sur l’ensemble de cette filière. Le démantèlement de véhicules en fin de vie permet de traiter plus de 1 million de tonnes de métaux par an.

Le groupe Michelin travaille sur l’optimisation du recyclage des pneus usagés, soit 17 millions de tonnes chaque année dans le monde, dont 350 000 en France. Depuis 2014, via le projet TREC, l’entreprise a développé de nouvelles voies de valorisation dont la régénération de mélanges de gomme pour la fabrication de pneumatiques neufs plus performants.

Chiffres clés

- Le secteur des transports est responsable de l’émission de 130,5 millions de tonnes équivalent CO2 par an, soit 29,6 % de l’ensemble des émissions françaises de gaz à effet de serre.
- Les émissions de gaz à effet de serre dues aux transports ont augmenté de 0,9 % en 2015 en France (après une baisse de 0,7 % en moyenne par an entre 2004 et 2014).
- 94,7 % des émissions de gaz à effet de serre dans les transports proviennent du transport routier.
- La circulation routière en France a augmenté de 2,2 % en 2015.
- Le transport aérien intérieur français est à l’origine de 1 % des émissions de CO2 de la France.
- Le transport routier est le plus gourmand en consommation d’énergie (80,6 %), loin devant le transport aérien (12,6 %), le transport maritime et fluvial (5 %) et le transport ferré (1,7 %).

Sources : Ministère de l’Environnement, de l’Énergie et de la Mer ; Commissariat général au développement durable

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